


par Victoria David
en partenariat avec La Fileuse - Friche artistique de la ville de Reims
« Victoria David met en scène sa Parade à la Comédie — CDN de Reims pour cette nouvelle saison, un projet in situ, qui s’amuse des codes de l’architecture, du théâtre et des représentations.
Parade est une grande peinture posée sur la verrière du bâtiment. Elle est accompagnée, comme un aparté, d’une sculpture murale et de dessins préparatoires qui prennent place sur les murs du grand hall de la Comédie. C’est un projet gai, de grande échelle et imposant par sa taille, mais léger et délicat par son intégration dans les espaces.
Comme un jeu de piste, voici quelques indices subjectifs pour découvrir et s’approprier Parade.
Parade, c'est un peu la fête, le carnaval, le défilé des déguisements et des numéros qui se succèdent : la culture carnavalesque et le théâtre plongent leurs racines dans des rituels collectifs communs. Sur un motif d’écailles roses, mi-côte de maille, déguisement de chevalier, mi-peau de poisson, habit de sirène, des personnages se dessinent et s’inventent grâce à leurs costumes. Des possibles narrations émergent et attendent leurs conteurs.
Parade appelle aussi à se remémorer le ballet du même nom créé en 1917 et qui rassemblait le meilleur des avant-gardes, opposant la création à la guerre : Diaghilev, Cocteau, Picasso, Satie, Apollinaire. C'était l’expression de l'imaginaire des langages artistiques et culturels qui souhaitent leur dialogue au-delà des logiques de discipline et des clivages, un appel au rassemblement. On ne conserve aujourd’hui de ce projet emblématique que le rideau de scène réalisé par Pablo Picasso (Centre Pompidou). Or, posée sur la verrière, la peinture monumentale de Victoria David peut se lire comme un rideau léger entre le dehors et le dedans, à la manière d’un rideau de scène mais qui, au lieu de cacher, laisse entrer la lumière dans le bâtiment et offre une première image à ceux qui sont encore à l’extérieur, comme un lien et un appel.
Nous sommes ici dans l'ancienne Maison de la Culture, dessinée par l'architecte Jean Le Couteur, conçue pour être une agora, un lieu de rencontres davantage qu’un temple moderne dédié aux arts. Pourtant, avec ces grandes baies verticales, dans la cité des sacres, beaucoup penseront ici à une architecture de cathédrale. Le rideau se transforme alors en vitrail, charriant avec lui un imaginaire médiéval avec son bestiaire fantastique. D’ailleurs, un des personnages s’est échappé du tissu, il s’est transformé en bas-relief de béton et s’est posé telle une gargouille sur un des murs du grand hall.
On retrouve cette fantaisie dans les matériaux utilisés : textile, cire, peinture, béton et carton. Victoria David se plaît à poser le béton sur le béton, à augmenter la transparence de couleurs pastel par la lumière naturelle ; parfois elle joue plutôt la carte du contraste, utilisant la fragilité du tissu pour sa pièce la plus monumentale.
Au théâtre comme dans les œuvres visuelles, nous sommes au royaume de la représentation : on y rend visibles et audibles les mots et les idées grâce à des moyens détournés, on y rend perceptible ce qui est absent, on y utilise des signes, mots et images reconnaissables pour proposer un sens nouveau aux choses que l’on croit connaitre ; théâtre et arts visuels sont et restent une Parade à l’uniformité et à l’univoque. »
Elsa Bezaury
Directrice de la Fileuse
Vernissage
Le sam. 17 octobre à 19h
Comédie (Hall) · gratuit
Œuvres visibles dans le hall sur les horaires d'ouverture de la billetterie