Alerte de 28 structures culturelles publiques
Vendredi 3 juillet 2026
Au 2 juillet 2026, les 28 théâtres, opéras et institutions culturelles que nous dirigeons sur l'ensemble du territoire national se trouvent dans une situation d'incertitude sans précédent. À ce jour, les subventions de l'État pour l'année en cours n'ont été versées que partiellement, sans aucune garantie quant au versement du solde. Cette situation est, à elle seule, inacceptable pour des établissements publics auxquels l'État demande simultanément d'assumer pleinement leurs missions.
Nous apprenons désormais que de nouvelles coupes budgétaires pourraient intervenir sur l'exercice 2026. Si elles étaient confirmées, elles ne constitueraient pas un simple ajustement budgétaire : elles reviendraient à rompre unilatéralement les engagements de l'État alors même que nos saisons sont engagées, nos contrats signés, nos artistes recrutés et nos dépenses déjà réalisées.
Nos établissements construisent leurs programmations dix-huit à vingt-quatre mois à l'avance, parfois davantage. Depuis plusieurs années, nous absorbons seuls les effets de l'inflation, de la hausse des coûts de l'énergie, de l'augmentation des salaires et de l'ensemble des charges de fonctionnement, sans que nos subventions suivent cette évolution. Nous avons réduit nos marges, différé nos investissements, comprimé nos dépenses et rationalisé nos organisations. Aujourd'hui, il n'existe plus aucune réserve. Nous sommes arrivés au point de rupture.
Toute nouvelle diminution des crédits aurait des conséquences immédiates et irréversibles. Plusieurs établissements seraient placés en procédure d'alerte. Certains seraient contraints d'annuler une partie de leur saison avant même son ouverture. D'autres ne pourraient tout simplement plus ouvrir leurs portes. Les contrats conclus avec les artistes et les producteurs ne pourraient être honorés. Les remboursements de billetterie se multiplieraient. Le recours au chômage partiel deviendrait inévitable. L'État déplacerait alors une dépense qu'il prétend économiser, tout en provoquant une désorganisation profonde de l'ensemble de la filière.
Mais les conséquences dépasseraient largement nos seules institutions. Elles frapperaient les compagnies indépendantes, les ensembles, les artistes, les techniciens, les prestataires, les entreprises culturelles, les associations, les établissements scolaires et universitaires, les collectivités partenaires, ainsi que les centaines de milliers de citoyens qui fréquentent nos lieux. C'est toute une économie, tout un écosystème et une mission de service public qui seraient déstabilisés.
Nous refusons que les établissements culturels deviennent la variable d'ajustement des finances publiques. La culture ne peut être célébrée dans les discours et sacrifiée dans les arbitrages budgétaires. Une telle décision porterait gravement atteinte à la crédibilité de la parole de l'État et remettrait en cause des décennies de politique culturelle fondée sur la confiance, la continuité des engagements et la responsabilité partagée.
Comme l'écrivait Victor Hugo, il ne faut pas consentir « de bien maigres économies pour de bien grands dégâts ». Chaque euro investi dans nos établissements produit de l'emploi, de l'activité économique, de l'attractivité territoriale, de la cohésion sociale et de l'émancipation citoyenne. Les économies envisagées seraient dérisoires au regard des dommages humains, artistiques, économiques et symboliques qu'elles provoqueraient.
Nous demandons solennellement la confirmation immédiate du maintien intégral des crédits 2026, le versement sans délai des subventions restant dues et l'ouverture d'une concertation urgente sur les perspectives budgétaires pour 2027.
Il y va désormais de la survie de nombreuses institutions culturelles. Plus largement, il y va de la crédibilité de l'engagement de l'État envers le service public de la culture.
Signataires :
Arthur Nauzyciel — Directeur, Théâtre national de Bretagne
Olivier Poubelle — Directeur, L'Athénée
Christophe Rauck — Directeur, Théâtre Nanterre-Amandiers
Claire Roserot de Melin — Directrice générale, Établissement public du Capitole - Opéra national et Orchestre national
Robin Renucci — Directeur, La Criée - CDN, Marseille
Julie Sanerot — Directrice, MAC - Maison des Arts de Créteil, Scène nationale
Laurence De Magalhaes — Directrice, Théâtre du Rond-Point Paris
Nicolas Droin — Directeur général, Orchestre national de Lyon
Chrysoline Dupont — Directrice générale, Opéra national du Rhin
Matthieu Dussouillez — Directeur général et artistique, Opéra national de Nancy-Lorraine
Aurore Fattier — Directrice, Comédie de Caen
Nathalie Garraud et Olivier Saccomano — Codirecteurs, Théâtre des 13 vents - CDN Montpellier
Jean-Baptiste Henriat — Directeur général, Orchestre national de Lille
Emmanuel Hondré — Directeur général, Opéra National de Bordeaux
Loïc Lachenal — Directeur général, Opéra Orchestre Normandie Rouen
Benoît Lambert — Directeur, Comédie de Saint-Étienne
Isabelle Melmoux — Directrice par intérim, Théâtre Gérard Philipe, CDN de Saint-Denis
Arnaud Meunier — Directeur, MC2 Grenoble
Hortense Archambault — Directrice, MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis
Frédéric Bélier Garcia — Directeur, La Commune, Aubervilliers
Jean Bellorini — Directeur, TNP Villeurbanne
Richard Brunel — Directeur général et artistique, Opéra de Lyon
Emilie Capliez et Matthieu Cruciani — Codirecteurs, Théâtre de la Cité - CDN Toulouse Occitanie
Valérie Chevalier — Directrice générale, Opéra Orchestre National Montpellier
Chloé Dabert — Directrice, Comédie – CDN de Reims
Fanny de Chaillé — Directrice, tnba - Théâtre national de Bordeaux Aquitaine