Éditorial

Le Centre dramatique de Reims est le théâtre où j’ai réalisé mes premières mises en scène. C’était il y a dix-huit ans, Christian Schiaretti en était alors le directeur, il venait de le baptiser La Comédie. Aujourd’hui je suis heureux d’avoir été nommé à la tête de cette belle « maison » pour succéder à Emmanuel Demarcy-Mota.

 

Ces deux metteurs en scène ont fait de la Comédie de Reims un lieu exemplaire de la décentralisation, un lieu de continuité artistique et de transmission. Portée par ses précédentes équipes, la Comédie s’est ancrée dans la ville et dans la région grâce à la présence des artistes sur le terrain. Elle a acquis une renommée nationale à travers ses projets de création contemporaine, ses tournées, et devient peu à peu un des coeurs de l’Europe théâtrale.

 

Nous devons sans cesse ouvrir de nouvelles voies et réinventer les formes de notre art. « La société a le théâtre qu’elle mérite » disait Jean Vilar, nous ne devons pas cesser de rêver à de nouveaux paysages. Les compagnies invitées à la Comédie cette saison parlent cette langue contemporaine. Elles font, même lorsqu’elles montent les grands textes du répertoire, du théâtre avec leur temps. Elles travaillent sur les formes, proposent des nouveaux modes de représentation du monde. Elles font bouger les lignes du théâtre.

 

Parce que la mission d’un Centre dramatique national est avant tout d’être au service de la création, l’écriture contemporaine sera toujours très présente cette saison, avec des auteurs d’horizons différents : Olivier Cadiot, auteur associé à la Comédie, Rémi De Vos, Daniel Danis, Christine Montalbetti, Anne Kawala, Mike Kenny, Herbert Achternbusch et Fabrice Melquiot. Nous visiterons aussi les grandes figures du xxe siècle que sont Thomas Bernhard, Frank Wedekind, Gertrude Stein, Rainer W. Fassbinder, Fernando Pessoa, Malcolm Lowry et Heiner Müller. Et nous travaillerons à faire dialoguer les textes contemporains avec les grandes pièces du répertoire, celles de Molière, Hugo, Shakespeare, Tchekhov et les maîtres du vaudeville que sont Labiche et Feydeau.

 

Succédant aux Langagières, le festival Reims à scène Ouverte proposait au public dans un foisonnement scénique, la littérature sous toutes ses formes. Cette année, nous donnerons à ce festival une dimension européenne. En regroupant les festivals Reims à scène Ouverte et Reims scènes d’Europe, nous rassemblerons de nombreux artistes européens pour 17 jours d’intense activité. Cette forte contribution de la Comédie à Reims scènes d’Europe, l’investissement et la qualité des liens qui unissent les scènes vivantes de la Ville et les artistes qui se fédèrent, l’étroite collaboration avec la Ville de Reims, le soutien de l’État et celui de la Région Champagne-Ardenne ; toute cette énergie contribuera à faire de ce festival un grand moment de la vie culturelle de notre ville.

 

Des respirations musicales viendront ponctuer notre saison. Le Grand Théâtre, le Manège et la Comédie s’associent pour présenter Massacre, de Wolfgang Mitterer. Nous poursuivons les concerts de musiques du monde en partenariat avec La Cité de la musique à Paris. L’ensemble de notre programmation musicale étant réalisée en collaboration avec la Cartonnerie, dans un souci de cohérence, et pour favoriser la circulation des publics.

 

Le projet de la Comédie se fabrique avec les artistes qui nous accompagnent. Ils forment le nouveau collectif artistique de la Comédie : un écrivain, sept comédiens avec qui je travaille depuis longtemps, un scénographe, un éclairagiste, une dramaturge, des musiciens, une costumière, un vidéaste, une danseuse – à qui viennent s’adjoindre sept comédiens issus des écoles nationales de théâtre ainsi que trois jeunes metteurs en scène. Je leur ai proposé d’investir plus particulièrement l’Atelier, salle inaugurée il y a deux ans, qui devient aujourd’hui un vrai espace alternatif au sein de la Comédie.

 

Ensemble nous continuerons à inventer et à nourrir le lien avec tous les publics, dans la ville de Reims comme dans la région Champagne-Ardenne. Cela commence par le partage des aventures de création. Nous poursuivrons les ateliers de sensibilisation et d’éducation artistique, et vous inviterons à de nouveaux échanges, à de nouvelles rencontres. Je suis aussi particulièrement attaché à poursuivre le travail entrepris avec la classe de la Comédie de Reims. Forte de son inscription et de sa dynamique régionale, la classe s’ouvrira à des élèves metteurs en scène, afin de les préparer aux concours des écoles nationales.

 

Et, pour s’inspirer des fondations de notre histoire et mieux projeter la Comédie dans le futur, nous fêterons ensemble, au mois de novembre, les 40 ans de la Maison de la culture de Reims, où nous inviterons les figures marquantes de ces quatre dernières décennies. Le théâtre est cet endroit vivant où l’on vient éprouver ensemble des émotions, veillons à ce que la vitalité du plateau fasse de la Comédie le lieu d’un divertissant exercice de la pensée.

Ludovic Lagarde 

  Oui dit le très jeune homme & Doctor Faustus lights the lights
du 4 au 13 mars - Tarif spécial diptyque